23 avril 2013, studio

Récits d’une musicienne en quête de changement de rythme Evidence passagère du jour…

1. Pris dans un chaos total, attendre de voir naître l’impulsion d’un acte simple et isolé. L’exécuter, puis le suivant et ainsi de suite.

Si la simplicité se montre farouche et que tout semble insidieusement enchevêtré : s’asseoir au milieu du chaos et attendre de repérer le singulier, l'unique.

 

12 avril 2013, dans la neige

Récits d’une musicienne en quête de changement de rythme La neige a laissé place au soleil et enfin, (enfin!) ma curiosité me démange à nouveau et je sors de ma tanière ! J’ai retrouvé mon mélèze, qui s’élève dans les hauts du village.

Il faut tout de même grimper le chemin escarpé pour l'atteindre, et quand j'arrive à sa hauteur,  je l'enlace et me demande pourquoi j’ai attendu autant avant de le retrouver : En sentant mon ventre contre l'écorce je prends conscience de mon essoufflement, de ma respiration, de mon existence. J'exulte! Sur mes oreilles Keith Jarret, Köln concert Part 1. Il est le seul à utiliser les ornements ainsi. ça commence par une presque hésitation, le temps de nous faire croire qu'on a tout compris puis il frappe le motif avec entêtement jusqu'à ce qu'on en ait la mâchoire qui tombe. Alors,  il nous ôte le tapis de sous les pieds d’un coup sec avec une envolée somptueuse. Avec moi, ça marche à chaque écoute. J'hésite entre voler ou m'écraser, incrédule.

Sur le petit chemin, 10 cm de neige mouillée sont le résultat de la tempête de neige de la veille. Pas franchement la démonstration la plus puissante de dame météo.

Je trouve des traces de cerf et suis dépitée à l’idée qu’il ait suivi le chemin. Je m’interroge profondément sur ce qui nous pousse à toujours faire le choix de la facilité et avec véhémence décide de couper par le talus.  On a pu trouver, environ 1 minute et demie plus tard, une Sylvie coincée dans la neige jusqu’à hautes-cuisses (ça sonnerait mieux mi-cuisses, j’en suis consciente, mais la réalité est différente) riant à gorge déployée de l’ironie de ma situation, essayant de débloquer ma jambe d’abord, puis creusant pour retrouver ma chaussure, ensuite.

Moralité : (soupir)  Je devrais me louer de toute urgence une idiotie à la télévision pour me libérer de mes considérations pseudo-philosophiques naïves...

9 avril 2013, atelier

Récits d’une musicienne en quête de changement de rythme Si je veux éviter de marcher au son des cuivres, j’ai une ouverture qui se situe dans un laps de temps de moins de 15 minutes. A chaque échec, je me promets de noter à quelle heure sonnent les cloches de l’église pour éviter de me retrouver sur le chemin à ce moment-là.

J’ai échoué jour après jour et avance vers l’atelier, inexorablement accompagnée des sons de cloches en arrière fond. Le sentier accidenté me donne un air de pèlerin désarticulé… Je trace mon chemin entre les cratères de neige et de glace en fonte et je ne peux me départir de l’impression de faire mon chemin de croix.

Je vous le dis, ce ne sont pas des conditions pour se mettre au travail l’esprit serein.

A présent, la glace a considérablement fondu, et chaque jour je suis plus petite en comparaison de la hauteur des bâtisses que je longe.

Une fine pellicule de neige a effacé mes traces d’hier et sous la lumière mourante de la fin d’après-midi, je suis soudainement irradiée d’un vif sentiment de culpabilité. « Ça alors ! ça s’est donc su que je n’avais pas porté les pieds à l’atelier avant 17 heures ! »

Ma culpabilité judéo-chrétienne s’épanouit avec fulgurance dans ce décor de clocher de village… Une merveille d’efficacité !

7 avril 2013, atelier

Récits d’une musicienne en quête de changement de rythme Plus j'attends avant de publier mes textes plus une économie des mots s'opère.

Parfois je publie frénétiquement avant que les mots ne s'effacent, pour les sauver de mon tri intraitable. D'autres fois, je me félicite d'améliorer l'esthétisme par ma patience. Note dont je souhaite me souvenir: ne s'enfermer dans aucune règle du "mieux" ou "moins bien" et garder la diversité dans l'approche...

si elle ne m'assure pas le talent,  elle m'accorde d'être en mouvement et expérience...

6 avril 2013, studio

Récits d’une musicienne en quête de changement de rythme La solitude, depuis quelques semaines m’est pesante.

Note pour moi-même : si j’adoptais une attitude d’observatrice face ma propre solitude, l’empêcherai-je de m’envahir ?

Si je notifiais avec détachement les effets et influences de la solitude sur mon quotidien, l’empêcherai-je de s’incarner en moi et de me définir?

5 avril 2013, studio

Récits d’une musicienne en quête de changement de rythme Evidence passagère :

Appliquer au matin la crème de jour comme une caresse rassurante; le geste quotidien qui adoucit les assauts du temps.

Ne nous insurgeons plus contre la cosmétique! Elle nous offre l’excuse secrète de se consoler chaque matin des chagrins qui passent sur notre cuir qui en a vu d’autres…

 

2 avril 2013, studio puis atelier

Récits d’une musicienne en quête de changement de rythme Mardi 2 avril 2013, studio :

Je suis revenue à Bellwald à la période de l’année où on décapite gaiement et avec empressement les têtes de lapins en chocolat… Nous profitons d’une fête communautaire, basée sur la solidarité, pour apprendre à nos enfants à… fracasser des petites têtes de lapins bien dessinées.

Même petite, je préférais commencer par quelque chose de moins radical... Un pied ? Pas vraiment mieux, mais moins violent quand même… me semblait-il à l’époque…

Il faut dire que mon esprit était déjà aiguisé à reconnaître les agressions… Avez-vous déjà vu les panneaux qui annoncent les places de pique nique au bord des autoroutes Françaises? Le sapin aux branches bien pointues à côté d’une table et d’un banc en bois ? Symbole de merveilleux repas en famille, au début des vacances, youhouhou!

J’avais l’angoisse au ventre à chaque fois que je voyais le panneau :

Le sapin penchait dangereusement sur la table: un être humain, même de petite taille, ajouté au dessin, aurait été piqué dans le dos par ce sapin aux branches acérées. Même adulte, sur les routes de France, je ne peux pas me défaire d’une légère angoisse en voyant le panneau….

10 minutes plus tard…

A la sortie du studio, la vue d’une chose que je n’avais pas encore remarquée est venue éclairer mon visage d’un sourire que j’ai gardé jusqu’à l’atelier. En face, au 1er étage, sur le balcon, 2 lapins en cages prenaient le soleil. 2 rescapés du weekend Pascal !

Arrivée dans mon atelier, j’ai sorti de mon sac le lapin en chocolat offert par Madelon ce matin à notre rendez-vous. Je l’ai croqué sans états d’âme.

19 mars 2013, Calcutta, Inde

Récits d’une musicienne en quête de changement de rythme Ce matin, le réveil fut difficile ! Premier réveil à 1 heure du matin. La réception souhaitait savoir si j’avais faim. Deuxième à 2 heures pour savoir si j’avais envie de sortir. Ensuite, les bruits incessants de la ville, le marteau piqueur à 6 heures dans la cage d’escalier à 5 mètres de ma chambre, puis quelqu’un a frappé à la porte à coups très insistants… j’ai fini par répondre, les yeux gonflés de fatigue,  couverte d’un petit linge et le monsieur criait que ma voiture était là ! J’ai répondu que la voiture était prévue à la base à 9 heures, puis nous avons avancé à 8h30, c’est suffisant! Il est 8 heures, je descendrai à 8h30, comme prévu. Impossible ! Le téléphone a sonné, sonné, on m’a même appelé de Delhi pour me demander de descendre à la voiture ! Ce n’est pas possible ! Soit ils ont 2 heures de retard et on doit attendre patiemment, soit ils ont 30 minutes d’avance et il faut se stresser comme des lapins pour s’organiser.

Ce n’est pas l’horaire qui me gène dans le processus… c’est cette idée qu’il n’y a rien à faire et qu’il faut suivre ce qui est dicté et qui par ailleurs change sans arrêt… Il y a une résignation qui m'enflamme  d'indignation!

Pour supporter la frustration, une parade est de diminuer sa proprioception. Se sentir le moins possible… ça aide à supporter les frustrations les plus grandes… Cela dit, moins je me sens, plus je me sens seule et en mal-être. (pensée pour cet ami qui me dirait ici-même qu’entre m’anesthésier ou être violente, je dois prendre le chemin du ressenti de la violence. Parce que ça m’aide à sentir ce qui est juste ou pas pour moi…)

j’ai été tellement irritée par cela ce matin, qu’en arrivant à l’aéroport je me suis retrouvée dans un état d’irrévérence malgré moi… J’avais envie de m’insurger contre chaque petite chose, juste pour me sentir exister un peu. Non, je ne veux pas aller dans une ligne réservée aux femmes pour poser mon sac, oui je vaux la même chose que l’Indien mâle avec sa bague en diamant derrière moi. Non mais!

:-)

18 mars 2013, Calcutta, Inde

Récits d’une musicienne en quête de changement de rythme "7 concerts dans 6 villes différentes en 10 jours, c’est beaucoup trop serré, je vais partir en Inde une semaine avant, histoire de me laisser le temps d’atterrir, de m’habituer à l’ambiance, de me reposer du long voyage, j’avais dit…"

Tu parles !

Dans la voiture pour l’aéroport de Jaipur, ça m’a heurté et j’ai été obligée de rire… Je suis arrivée il y a une semaine et je suis dans un état de stress et de fatigue comme si j’étais là depuis 1 mois ! J’ai vu le soleil se lever la plupart des jours et n’ai jamais dormi plus de 4 heures par nuit… J’ai voyagé plusieurs fois en train, en voiture et en avion, j’ai emmagasiné plus d’informations que ma mémoire ne peut contenir, j’ai perdu 4 kilos et je suis en constant trop plein d’émotions. Seulement un concert de passé et déjà je me sens au bout du rouleau.

J’ai pensé que Calcutta serait moins stressante… j’y suis arrivée il y a bientôt 4 heures et je suis à peine sortie de la voiture, dans les klaxons incessants, à la recherche de…. Mon hôtel. Au bord de la nausée due à la pollution, les odeurs, la chaleur, et je n’ai encore rien mangé aujourd’hui puisque j’ai quitté l’hôtel de Jaïpur à 5 heures ce matin.

Pas un mot d’Anglais (ni de hindi pour moi, ni de Bengali d'ailleurs), aucune réponse claire, et nous naviguons d’un hôtel à l’autre sans jamais trouver le bon. La circulation à Calcutta est encore pire que ce que j’avais pu découvrir de l’Inde. Les règles sont totalement individuelles et anarchistes. Au vu des rues à sens inverse que nous avons prises, sans même ralentir pour voir ce qui nous attendait, je n’ai qu’une seule explication : Les voitures à Calcutta ont le pouvoir de rétrécir ! Le chaos... personne ne ralentit, jamais. Les voitures, vaches, tuk tuks, motos, vélos et gens transportant des choses sur la tête se mélangent, sans aucun sens établi et chacun se guide au son des klaxons. Je n’ai encore vu aucun chauffeur regarder dans le rétroviseur avant de reculer. Vraiment, je n’ai aucune explication.

Quand je dis Klaxons incessants, c’est pas tellement que les gens klaxonnent souvent… c’est que les klaxons ne cessent jamais. C’est comme si des milliers de personnes appuyaient sur le klaxon sans jamais le lâcher. Un la et si bémol constant.

Je me voyais dans un jeu de Super Mario Bross, et à chaque « presque collision », je voyais mes vies restantes clignoter… Misère ! Après 1 heure de sueurs froides, j’ai décidé de mettre un bras sur le plafond pour que ma tête cesse de se cogner et de fermer les yeux,. Je découvrirai les rues de Calcutta une autre fois.

Je me suis élancée finalement dans les rues de Calcutta. Cette ville m’avait effrayée au premier abord, et j’ai tout de même décidé de m’immerger… Couverte, comme toujours de la tête aux pieds, mon occidentalisme et moi sommes allés au marché… la vie de la rue s’arrêtait à chaque mètre pour me scruter, me lancer des regards tout à fait dissuasifs et après peu de temps je me demandais au nom de quoi je me baladais dans cette rue. Observer la pauvreté et l’exotisme me semblait totalement déplacé et je me trouvais honteuse de ne pas comprendre ce que je faisais là! Qu'avais-je souhaité rencontrer? Je suis rentrée à l’hôtel et ai attendu mon transfert au prochain hôtel où j’allais retrouver Mattias, mon guitariste venu de Suède.

Je n’ai jamais été aussi heureuse de revoir Mattias. Mattias est un être compliqué. Retrouver Mattias à l’hôtel m’a remplie de joie. Et rejouer notre musique ensemble m’a remplie d’émotion.  Je me réjouis beaucoup de notre concert de ce soir.

17 mars 2013, Jaipur, Inde

Récits d’une musicienne en quête de changement de rythme Mon guide m’avait dit:

-" demain, nous irons voir le temple des éléphants, tu dois absolument monter à dos d’éléphant, c’est magique.

-"je ne veux surtout pas me sentir déplacée, au milieu d’une colonne de touristes sur le dos d’un éléphant maltraité. Est-ce qu'il s'agit de ce genre de chose ?

-"Non, pas du tout ! Et si tu n’es jamais allée à dos d’éléphant, ça serait tellement stupide de manquer ça avec ton idéalisme fumeux!"

-"ok"

...Je me suis sentie tout à fait déplacée, au milieu d’une colonne de touristes sur le dos d’un éléphant maltraité. La catastrophe.

J’ai rapidement ordonné à mon « chauffeur » de cesser de frapper l’éléphant avec son bâton en bois, j’ai pris mon mal en patience et j’ai attendu que le moment passe, la mort dans l’âme. Sur l’éléphant devant moi, un couple de Français en surpoids, ballotté, mal installé se plaint que "ça secoue"… Ben tiens !

Les belugas ont une perception intuitive terriblement fine de l'espace physique autour d'eux. La proximité est une sensation très forte chez la baleine, elle se débrouillerait sans aucun souci dans la circulation de Jaipur. Dans l'absolu. Pour traverser la route, je n’ai trouvé qu’une seule solution: Fermer les yeux et m’accrocher au bras de mon guide. Les Indiens partagent une fine perception de l'espace métrique avec les gros mammifères marins.

13 mars 2013, Delhi, Inde

Récits d’une musicienne en quête de changement de rythme Le langage corporel ! Dans de nombreux pays, si la différence de langue ne nous permet pas de communiquer pleinement, il reste les bons vieux oui et non, qui nous aident par exemple, à subvenir à nos besoins immédiats de réorientation.

En Inde, le hochement de tête en signe d’acquiescement n’existe pas. En Inde, lorsqu'on pose une question, la réponse est un dodelinement de droite à gauche et de gauche à droite. Le premier jour, j’ai trouvé cela magique ! Autant de souplesse dans la nuque et ce charmant petit dodelinement. Le deuxième jour, je m’entraînais déjà à reproduire le mouvement, et le troisième jour, le troisième jour j’étais prête à en venir aux mains avec le prochain qui n’allait pas me répondre clairement ! Je vous en supplie, dites-moi la réelle réponse afin que je sache si je dois attendre ou si je passe mon chemin. J’étais prête à serrer le cou pour qu’on me dise non, et qu’au moins les choses soient ENFIN CLAIRES ! Misère ! Je n’avais encore jamais autant souhaité qu’on me dise non.

En Inde, on ne dit pas non. On dodeline de la tête et l’interprétation reste libre…

Mes premiers jours sont très éprouvants. J’ai vu le soleil se lever la plupart des jours et n’ai jamais dormi plus de 4 heures par nuit… J’ai faim, je suis épuisée.

Avant hier, je faisais des raquettes par un froid hivernal et le lendemain j’étais à plus de 30 degrés, dans une pollution dense, des klaxons incessants et une sollicitation constante.

Welcome to India!

 

 

 

 

10 mars 2013, studio

Récits d’une musicienne en quête de changement de rythme Mustela : hydrate, renforce et adoucit. Beau programme. Oui, beau programme.

Pour le premier j’ai déjà fait l’acquisition d’un humidificateur (faut pas exagérer) pour le second et troisième, ça s’annonce un peu compliqué en association… l’un sans l’autre m’aurait semblé presque plus abordable…

 

 

 

8 mars 2013, studio

Récits d’une musicienne en quête de changement de rythme On prend un sujet, on l’éloigne de son habitat naturel ou intégré et que se passe-t-il ? Les observations, les réflexions se modifient. C’est tout à fait différent d’une prise de recul, d’un regard à partir d’un angle différent. C’est un changement total des habitudes et de l’organisation de l’individu qui modifiera ainsi son comportement à présent influencé par sa réadaptation au nouvel habitat.

Mon idéal était de me séparer de toute habitude, de tout luxe du quotidien. Le ménage, la lessive, la cuisine ? Bah, si je dois jeuner parce que je n’ai pas fait les courses, je le ferai avec plaisir. Le principal : je n’organiserai pas ma journée en fonction de l’ouverture des magasins. Pas question !    Tu parles…

C’est de la chaleur, oui de la chaleur que j’ai ressenti à l’idée d’organiser mon vendredi autour de la lessive et du ménage et de l’ouverture du magasin. Une sorte de félicité m’a envahie à l’idée d’organiser mon a-g-en-da. Mon organisme entier s’en est retrouvé rassuré… no comment.

Et je retournerai au savon et à l’eau, avais-je dit ! Pas question de venir avec un gel douche, peeling, gommage et tout le tsoin tsoin… outre le pain de savon, je me suis accordée d’emmener une crème pour le corps… et pas n’importe laquelle… j’ai emmené du mustela, pour les bébés, symbole de la renaissance que j’avais comme projet de vivre ici.

La régression est un terrain de jeu fascinant. Madelon m’avait parlé de la petite épicerie du monsieur de 90 ans le long de la route. Mon inconscient a fait l’addition, ni une ni deux, je me suis rapidement retrouvée dans l’envie irrépressible d’aller voir ledit monsieur et de lui acheter des biscuits au beurre (je n’en mange jamais) et de l’incarome ! (je n’en bois jamais) Je suis rentrée souriante au studio pour me préparer le goûter de mes 5 ans chez mon grand-papa ! Et j’ai trempé les biscuits ! Et j’ai eu un plaisir fou jusqu’au deuxième biscuit. C’est alors que le calcul des calories est venu entraver mon plaisir innocent.

La culpabilité, bon compagnon ? Je fais l’hypothèse que la sensation de culpabilité est venue presque en même temps que le sentiment de manque de la compagnie de mon grand-papa.

Tiré par les cheveux ? mmmm…. Même pas… ou si peu…

6 mars 2013, atelier

  • Récits d’une musicienne en quête de changement de rythme
  •  Mercredi 6 mars 2013, studio

Ici, difficile de louper l’existence du cimetière. J’ai la vue sur le cimetière depuis la salle de bains, quand je sors de la maison mon regard se pose sur les tombes, et je longe le cimetière pour aller dans l’atelier, derrière l’église. J’ai donc repéré dès le premier jour que la neige atteignait à peine le sommet des croix en bois sauf pour 3 d’entre elles.

Lorsque j’étais petite, mon petit chat Kabilou était mort pendant l’hiver. Je me souviens avoir dû attendre le printemps pour enterrer la boîte à chaussure gelée restée vers le garage, Kabilou à l’intérieur, car il fallait attendre de pouvoir creuser le trou.

Ma première question pour Madelon lors de notre premier rendez-vous à la boulangerie fut : Comment enterrez-vous vos morts ici, en hiver ? La réponse est quasi épidémio- « logique »  : Environ 2 à 3 personnes âgées meurent chaque hiver, ils ont donc anticipé la situation et ont « pré creusé » 3 tombes.

Mon avis sur l’intégration du sujet de la mort dans notre quotidien ? Absolument ! Mais quand même, j’ai peine à imaginer un Bellwaldien lambda de plus de 85 ans emprunter bravement le chemin qui longe le cimetière sans loucher…

Bref, lundi, la réponse de Madelon bourdonnant encore dans mes pensées, j’ai longé le cimetière et suis allée travailler. Une mouche faisait un boucan d’enfer à l’intérieur de l’atelier (ça raisonne, le bois), et je me suis précipitée pour lui ouvrir la fenêtre. De là, elle s’est envolée jusqu’au premier toit, à 1 mètre de là, et… n’en a plus décollé. Ben merde alors. J’étais toute enthousiaste d’avoir sauvé la vie de cette mouche et voilà que je n’ai même pas pensé au choc thermique. Et en plus je me retrouve à avoir des états d’âme pour une mouche. Une mouche.

Ce matin, la règle des 3 s’est mise en marche et Bellwald enterrait un de ses habitants. J’ai longé la voiture du croque-mort, emprunté le chemin du cimetière, passé l’angle de l’église et suis entrée dans mon mazot, les cloches de l’église étaient assourdissantes et sonnaient interminablement…

J’ai le cœur lourd d’avoir perdu ce matin mon compagnon Virgule, chatte mélomane, people ( Migros magazine, gros tirage tout de même) affectueuse et gardienne de mes cours de chant. Mouche, chat, ami… Peuvent cohabiter en moi aujourd’hui :

a) le sentiment que perdre un être humain est plus grave qu’un être vivant à poil ras.

b) que quand même, ça fait fichtrement du chagrin de perdre le compagnon avec qui je partage mon quotidien ; être vivant, être humain, à poils, plumes ou écailles.

5 mars 2013, studio

  • Récits d’une musicienne en quête de changement de rythme
  • Mardi 5 mars 2013, studio

Premier jour gris. Le ciel cependant reste toujours aussi large dans le panorama qui s’offre le matin à l’ouverture des rideaux de la chambre à coucher.

Mon chat à la maison est subitement gravement malade. Je suis très inquiète, et j’ai dû allumer mon téléphone pour que l’on puisse m’atteindre. Depuis hier en fin d’après-midi mon ambiance a changé de par ces deux faits. Je me sens envahie par l’inquiétude et par le stress (dont je suis la seule coupable) d’être joignable et qui se traduit en appréhension et en regards réguliers sur l’écran de mon téléphone. Le temps est passé plus vite depuis.

Hier, après ma première composition, j’ai chaussé mes raquettes et suis partie sur la piste du « white rabbit ». J’ai décidé de faire une petite expérimentation de manipulation volontaire de mon cerveau… Opération : Intercéder sur le circuit de la récompense ! L’expérience a débuté hier et durera 2 mois. A chaque composition, je vais me récompenser avec un promenade, ou une séance photos de la nature, ou peut-être une autre récompense encore à dénicher. Et si j’arrivais à modifier l’envie de composition en une addiction ?

Court-circuiter les doutes, les besoins d’être dans le moment parfait en rendant cette activité un besoin irrépressible ?

Interrogations à adresser ultérieurement:

-Et si c’est la promenade que je rendais addiction pendant le processus.

-Attention à ne jamais me récompenser avec du chocolat.

4 mars 2013, atelier

  • Récits d’une musicienne en quête de changement de rythme
  • Lundi 4 mars 2013, atelier :

12h44. Mon premier morceau est composé. Mon inquiétude s’estompe. Je peux composer ici aussi ! Un piano différent, un lieu différent, et mes pensées pas encore tout à fait au calme, je peux composer tout de même. La capacité que nous avons à la créativité m’émerveille encore une fois.

Mon morceau n’a absolument rien à voir avec l’ambiance de ce village. Basé sur un rythme de samba, je pense qu’il est un mélange de mes influences classiques et latines, le tout teinté d’une gamme arabisante, sur les bords.

Ma matinée a débuté avec un thé en compagnie de Madelon qui prend bien soin de mon acclimatation à Bellwald. J’avais imaginé mon séjour muré dans le silence, autiste et solitaire à outrance, et malgré toutes mes bonnes résolutions, je n’ai pas résisté à la gentillesse et brillante intelligence de Madelon. La rigueur et la douceur qui émanent du personnage m’intrigue, et mon projet de recluse s’estompe ainsi à peine amorcé.

Ma contrebasse sonne bien ici. Elle me semble plus moelleuse à accorder et à jouer. J’en suis étonnée (à la maison je n'ai besoin de changer l'accordage que très peu) et profite de l’élan nouveau que cela me donne. Je ne rentrerai qu’avec une couche conséquente de corne sur les doigts ! Outre mes gammes à la contrebasse, Couperin et Bach seront mes morceaux de piano de prédilection. Ils m’apporteront concentration et équilibre.

2 mars 2013, studio

  • Récits d’une musicienne en quête de changement de rythme
  • Dimanche, 3 mars 2013, studio :

Je viens de terminer mon chocolat. J’ai fait durer le plaisir, et c’est probablement en 2 minutes que je l’ai terminé. Une éternité ! La route était longue pour arriver à Bellwald, en présage à la durée des minutes qui est modifiée comme par enchantement, dès l’arrivée dans ce village au sommet du monde.

Hier, à mon arrivée, le soleil perdait de sa vigueur et alors que le jour n’avait pas encore capitulé, des étoiles scintillaient déjà d’une fulgurance que je n’avais jamais encore observée. Le ciel est grand ici. Très grand. Les montagnes sont majestueuses et le ciel est immense.

Mon rituel d’installation s’est organisé ainsi :

-le placement scientifiquement orchestré de bougies un peu partout

-la permutation des nappes et tapis

-l’installation de couvertures sur les canapés (puisque jusque là ils ne m’étaient guère invitants.)

- l’aménagement d’un petit « coin de pensées » dans la chambre à coucher

- la modification de l’emplacement des meubles dans l’appartement.

Dimanche, 12h44: j’ai terminé mon aménagement.

Je suis consciente que rien de tout cela ne m’importait réellement mais qu’une installation ritualisée et pourvue de sens m’était fondamentale.

Je ne suis pas seule. La bête à poils affichée au mur m’a curieusement semblée sympathique dès notre rencontre. Il se nommera Firmin et me tiendra compagnie avec son regard bienveillant et tourné vers sa gauche.