Ouagadougou, la terre et le sable

Dans l’avion, je me surprenais n’avoir aucun souvenir de 16 ans auparavant. Il a suffi de quelques secondes à ma sortie de l’avion, pour que l’odeur du Burkina me ramène instantanément à mes anciennes sensations. L’émotion a doucement serré mon larynx. La terre.

C’était la terre qui m’avait laissé le souvenir le plus fort. Battue, ocre.

A travers le hublot, Ouagadougou est embrumée… Mais la brume, quand elle est sèche et qu’elle pique les yeux, c’est de la poussière.

Partout, le sable.

 

Au matin, l’énergie est bienveillante et j’apprécie chacun de mes camarades de jeux. C’est Damien qui met mon baromètre au « bleu ciel » aux premiers mots échangés :

-Tu penses que j’ose prendre cet escalier en colimaçon ?

-Je sais pas j’ai pas encore regardé ton cul.

Une merveille de rugosité cet homme.

 

Cet après midi, remontent mes souvenirs de Nassahara : ça va ? Un petit « ça va « fait office de salut ici. Et c’est toujours souriant. Le plaisir de se côtoyer et de s’interpeler est rieur et spontané. Une petite fille m’offre des citrons. Temps d’arrêt, à la recherche de mon argent, elle chasse ma question d’un geste de la main et d’un petit rire dans sa gorge. Cadeau.

 

Première rencontre musicale du séjour : Diko fils avec qui j’ai répété une chanson en Bambara, dit plutôt Djoula par ici. C’est la langue commerciale et la langue du Mali également. Je me réjouis d’interpréter avec lui sur scène cette chanson "Faty" dans laquelle il demande pardon de n’avoir pas été présent pour accompagner sa mère vers l’au-delà.

Dicko est Peuhl. Il en tient les marques et le port de tête. Il est petit, sérieux et fier.  Le sourire n’est pas bien loin, mais il maintient le vousoiement.

Je sens sa présence malgré son regard lointain.  C’est une force douce et perçante à laquelle je m’habitue petit à petit.

 

-       Dicko fils, es-tu devenu Dicko père quand tu as été papa ?

-       Non. Je suis Dicko fils et mes enfants aussi.

-       Et toi ? Es-tu Sylvie mère ou Sylvie grand-mère ?