6 mars 2013, atelier

  • Récits d’une musicienne en quête de changement de rythme
  •  Mercredi 6 mars 2013, studio

Ici, difficile de louper l’existence du cimetière. J’ai la vue sur le cimetière depuis la salle de bains, quand je sors de la maison mon regard se pose sur les tombes, et je longe le cimetière pour aller dans l’atelier, derrière l’église. J’ai donc repéré dès le premier jour que la neige atteignait à peine le sommet des croix en bois sauf pour 3 d’entre elles.

Lorsque j’étais petite, mon petit chat Kabilou était mort pendant l’hiver. Je me souviens avoir dû attendre le printemps pour enterrer la boîte à chaussure gelée restée vers le garage, Kabilou à l’intérieur, car il fallait attendre de pouvoir creuser le trou.

Ma première question pour Madelon lors de notre premier rendez-vous à la boulangerie fut : Comment enterrez-vous vos morts ici, en hiver ? La réponse est quasi épidémio- « logique »  : Environ 2 à 3 personnes âgées meurent chaque hiver, ils ont donc anticipé la situation et ont « pré creusé » 3 tombes.

Mon avis sur l’intégration du sujet de la mort dans notre quotidien ? Absolument ! Mais quand même, j’ai peine à imaginer un Bellwaldien lambda de plus de 85 ans emprunter bravement le chemin qui longe le cimetière sans loucher…

Bref, lundi, la réponse de Madelon bourdonnant encore dans mes pensées, j’ai longé le cimetière et suis allée travailler. Une mouche faisait un boucan d’enfer à l’intérieur de l’atelier (ça raisonne, le bois), et je me suis précipitée pour lui ouvrir la fenêtre. De là, elle s’est envolée jusqu’au premier toit, à 1 mètre de là, et… n’en a plus décollé. Ben merde alors. J’étais toute enthousiaste d’avoir sauvé la vie de cette mouche et voilà que je n’ai même pas pensé au choc thermique. Et en plus je me retrouve à avoir des états d’âme pour une mouche. Une mouche.

Ce matin, la règle des 3 s’est mise en marche et Bellwald enterrait un de ses habitants. J’ai longé la voiture du croque-mort, emprunté le chemin du cimetière, passé l’angle de l’église et suis entrée dans mon mazot, les cloches de l’église étaient assourdissantes et sonnaient interminablement…

J’ai le cœur lourd d’avoir perdu ce matin mon compagnon Virgule, chatte mélomane, people ( Migros magazine, gros tirage tout de même) affectueuse et gardienne de mes cours de chant. Mouche, chat, ami… Peuvent cohabiter en moi aujourd’hui :

a) le sentiment que perdre un être humain est plus grave qu’un être vivant à poil ras.

b) que quand même, ça fait fichtrement du chagrin de perdre le compagnon avec qui je partage mon quotidien ; être vivant, être humain, à poils, plumes ou écailles.